La mouche et l’escargot

Une jeune mouche intrépide, avide de sensations,

Aperçut tout en bas, tout à son attention,

Un petit escargot, avançant à son pas,

Qu’en des termes biens hauts, la mouche apostropha.

 

Regarde comme tu chemines, toi, le gastéropode,

Pendant que tu lambines, tu es aux antipodes

Des milliers de richesses de toutes mes expériences,

De ta vie de tristesse, admire un peu ma science.

 

La jeunotte, entreprenante à souhait

Se posant sur la hotte de son nouvel ami,

Frotta alors ses pattes d’un air bien satisfait,

Décidant à la hâte, d’une sieste sur lui.

 

Dès lors qu’elle s’éveilla, elle voulut s’envoler

Cent fois elle s’aperçut, à force de se cogner

Qu’ils se retrouvaient là, tous les deux confinés

Mais n’écouta pas plus, son ami lui parler.

 

Lorsqu’il voulut lui dire, du fond de leur cachot,

Que si le temps est d’or, résiste à tous les maux,

Quand la raison s’endort, il n’est que le berceau,

D’une chimère à venir pour l’impatience d’un sot.

 

La jeune mouche entêtée, soudain devenue sourde

Au langage, trop fermée, pour en emplir sa gourde,

S’élança à nouveau, tout son coeur à l’ouvrage,

Heurtant presqu’aussitôt, les parois de sa cage.

 

Dans un dernier assaut, un aller sans retour,

Dans sa prison de verre et le souffle bien court,

Elle tomba à l’envers, tout à côté de lui,

Gisant sans plus un mot, expira à la vie.

 

L’escargot quant à lui, étirant ses antennes,

Ne pouvait s’empêcher, de repenser sans peine,

A cette jeune énergie, qu’il aura vue en vain,

A ce point déployée et à sa triste fin.

 

Comme il n’est de prison, que celle que l’on se crée,

Selon les circonstances, les désirs au matin,

S’agiter en tous sens, quel que soit le chemin,

Jamais ne nous fera, trouver la liberté.

 

Savourer la patience, la parole d’un ami,

Puis aimer l’existence et écouter la vie,

Car nul n’est jamais libre des limites qu’il s’impose,

De tous les horizons, vivre, est la plus belle des proses.

 

– Extrait de Fables gastéropodiennes, livre VIII. (Edition inconnue)

(Thierry Fauquet & Jean-Philippe Touzeau)

 

6 thoughts on “La mouche et l’escargot

  1. J’étais en pleine lecture du deuxième tome quand j’ai voulu vérifier si cette fable tronquée existait réellement. Ravie de l’avoir fait, j’ai ainsi pu la découvrir entièrement. Merci :)

    • Merci beaucoup Spondycel, cela me fait bien plaisir ! Par hasard, est-ce que vous avez l’intention d’en faire une chronique sur votre blog ? :)

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